La CFDT avait élaboré une série de tracts à épisodes qui traitait de la période 1987-1994, afin d’éclairer la passé et le présent de l’entreprise, de proposer à tout un chacun des clés de compréhensions et de contribuer à restituer une mémoire de l’entreprise aux plus anciens comme aux plus jeunes (par l'Imprécateur CFDT Crédit du Nord).

CFDT Crédit du Nord : Illusions et Vérités (N° II) Décembre 1994 Avant propos : La CFDT du Crédit du Nord Paris poursuit avec ce 2ème tract la publication d'une analyse alternative à celle de la Direction Générale sur les dysfonctionnements du Crédit du Nord dont nous rappelons l'objectif : éclairer le passé récent et le présent de l'entreprise, proposer des clés de compréhensions et, contribuer à restituer une mémoire de l'entreprise. Dans le tract n° I, nous avions, après un examen global des résultats du Crédit du Nord de 1987 à 1993, mis en exergue l'écart existant entre les discours et les réalités sur les années 1987 à 1990. Nous poursuivons cette analyse pour les années 1991 à 1994. Bien entendu, les noms propres figurant sur le tract diffusé dans l’entreprise sont ici occultés. L'avenir du Crédit du Nord a un passé (Seconde partie) (Des discours aux résultats : 2ème partie - De 1991 à 1994) - Dans le traditionnel courrier de début d'année aux salariés (2/1/1992), Le Président M. de M. donne des indications sur les résultats 1991. Le ton est nettement moins triomphateur qu'en janvier 1991, parlant même de «morosité». Il laisse entendre que la progression du résultat net sera inférieure à celle du résultat brut en raison de «beaucoup trop de mauvais risques». Annonçant une croissance externe (Banque Courtois) et interne (ouverture d'agences en Ile-de-France), il croit toujours possible d'atteindre 400 MF de résultats en 1992 et annonce le Plan d'Action pour Demain (PAD). Les effectifs sont tombés à 7.128. Cette fois, les résultats de 1991 sont à la hauteur de l'espérance, le seul Crédit du Nord affichant un bénéfice de 253 MF. - Le PAD (années 1993-1995), se fixe trois objectifs majeurs : qualité, croissance et résultats. La leçon du passé semble mieux comprise, il n'est plus fixé de chiffres de résultats, mais de PNB (1 MdF de plus qu'en 1992) et de provisions (250 MF en moins). L'ordre des priorités est inversé : - en 1° priorité absolue aux clients ; - en 2° rechercher en permanence à s'aligner sur les meilleurs ; - en 3° réaliser tous les gains de productivité possibles ; - en 4° améliorer la qualité des risques. Pour la première fois depuis longtemps, la Direction Générale semble prendre conscience du gâchis opéré avec les effectifs et traite des licenciements en termes plus mesurés. Ce PAD évoque aussi la fameuse synergie, source de nouveaux maux à venir. Mais, les faits contredisent encore les discours, le résultat 1992 chute de manière vertigineuse, même s'il reste positif : + 15,3 Millions de F (MF). - L'année 1993 s'annonce très mauvaise. A période comparable, au 1er semestre, le PNB (proche du niveau de 1992 à périmètre constant) baisse de 1,6 % sur 1992 compte tenu de la cession de Norbail à l'UFB Locabail et de la fermeture des succursales de Bruxelles et New-York. Les frais généraux ne progressent que de 1,4 %, mais le RBE recule de 6,7 %. Les provisions s'élèvent à 43 % en raison de défaillances d'entreprises (notamment en Rhône-Alpes), de la crise immobilière, du coût des fermetures des succursales étrangères, et de l'UBN. Au total le groupe Crédit du Nord dégage un résultat consolidé déficitaire de - 456 MF contre + 1,8 MF en 1992. Dans sa lettre de démission du 19 janvier 1994, Mr S. écrit : «Nous avons un actionnaire prestigieux qui nous apporte son soutien». Quel est donc ce soutien ? Paribas, depuis longtemps, devait renforcer les fonds propres du Crédit du Nord. Il ne le fera que pour 1993 et 1994 en injectant 2,118 MdF contre les 3 MdF jugés nécessaires début 1993. M. A. (avril 1994) reconnaît que 1993 et 1994 ne seront pas de bonnes années et ose ajouter que "l'activité bancaire de base est profitable et, si nous arrivons à élaguer l'ensemble des branches en perte d'ici à la fin de 1994, nous devrions retrouver le chemin des profits". Un analyste financier (La Tribune du 7 juin 1994), plus lucide, émet un commentaire plus réaliste, plus proche de la vérité en indiquant que pour le groupe Paribas, "le Crédit du Nord apparaît encore comme l'un des principaux maillons faibles du groupe. «Tout au plus peut-on espérer un résultat équilibré si la société parvient à vendre son siège social et dégager des plus-values à cette occasion». On sait ce qu'il en est advenu en octobre 1994. Qui avait raison ? Le Pdg ou l'analyste financier ? (cqfd). * Les résultats de 1993 pour le Groupe, grâce à une hausse de 10,2 % des commissions permet une stabilisation du PNB. La hausse des frais généraux est contenue à 1,8 % alors que le RBE baisse de 6,4 %. Le montant des provisions (1,8 MdF contre 1,6 MdF en 1992) proviendrait du "coût des risques domestiques, des efforts consentis pour gérer l'arrêt des activités périphériques (international, immobilier, UBN)". Le résultat net est donc en perte de 594,3 MF (610,9 MF part du groupe) contre - 228,5 MF en 1992 (- 253,4 MF part du groupe). * Pour le seul Crédit du Nord, le PNB est quasi stable (-0,6 %), malgré l'arrêt des activités des succursales étrangères et la cession de la région Languedoc-Pyrénées à la Banque Courtois qui explique la baisse de 1,8 % des frais généraux et des amortissements. Le RBE après amortissements progresse de 1,5 %. Les provisions ne cessent de croître avec 1.046 MF (970 en 1992) dont plus de la moitié concernent les filiales auxquelles il faut ajouter les abandons de créances (Union Bancaire du Nord et BARALP), le coût des fermetures des succursales de New-York et Bruxelles, et la remise à niveau de la succursale de Londres. Enfin, l'immobilier à lui seul représente plus de 700 MF. de provisions. Ainsi, le résultat après provision sur titres de filiales, est en perte de 638 MF. Pour la Tribune Desfossés du 4/2/1994, le Crédit du Nord "apparaît comme un véritable point noir" pour Paribas et son Président de l'époque M. L-L. reconnaît que ces résultats sont très mauvais. De son côté, le Président du Crédit du Nord (BH) précise, enthousiasme oblige, que la situation ne sera pas rétablie avant 1996, et annonce 400 MF de résultats, du fait de la stratégie de recentrage sur le métier de banque à réseau française et des nouvelles synergies avec le groupe Paribas. Quant aux filiales du Crédit du Nord on peut classer leurs résultats 1993 en 2 groupes : * Les filiales déficitaires : La banque Rhône-Alpes dont le résultat net est en perte de 125 MF après de fortes provisions et l'abandon de créances de 225 MF consenti par le Crédit du Nord. Et, l'Union Bancaire du Nord qui, après d'importantes provisions, a suspendu toute activité nouvelle et enregistre une perte de 30 MF après un abandon de créances de 340 MF par le Crédit du Nord. * Les filiales à peu près saines : La banque Courtois retrouve un résultat positif de 0,839 MF après une perte de 28 MF en 1992. La banque Tarneaud dégage un résultat net de 21,3 MF en progression de 14,4 %. Le résultat de la Banque Kolb progresse de 8 % à 26 MF. Le résultat de la Société de Bourse Gilbert Dupont passe de 3 MF en 1992 à 18 MF en 1993. Au final, l'activité centrale de banque de réseau du Crédit du Nord demeure profitable en 1993. Mais la faiblesse des fonds propres reste un point noir que la Commission Bancaire a souligné. Paribas se décide enfin à faire un geste en injectant, seulement, 618 MF de fonds propres et annonce une souscription d'émission d'obligations convertibles subordonnées de 1,5 MdF ce qui porterait à terme ces fonds propres à environ 5 MdF. - Le 28 janvier 1994 se tenait la "Convention 94", l'une de ces grandes messes dont les hommes de pouvoir que sont les dirigeants d'entreprises privées ou publiques, sont friands. La fête se poursuivait le 18 décembre 1994 au futuroscope de Poitiers, plus loin, plus longtemps, dimanche compris. Quel en sera le coût pour le Crédit du Nord Mr A. ? Dans le compte rendu écrit de cette convention de janvier, le titre de l'article de Ph.T. était : "Réussir 1994". Avec 184 MF de pertes au premier semestre, quelle belle réussite MM. A. et T. ! Reconnaissons cependant que la tonalité de cet article n'était pas exagérément optimiste. En revanche, M. Ph. T. s'est semble-t-il, un peu trop avancé en déclarant : "La vente de produits doit être poursuivie tant pour les cartes Norplus et Norplus Gold ... et bientôt le package Alliance Norpro pour les Professionnels". En effet, certaines informations indiquent que MM. A. et B. auraient l'intention de laisser "mourir" Norplus et d'abandonner Alliance Norpro, deux produits phares du Crédit du Nord et a priori rentables (Cf. étude de feu la DPCG). Quant à l'intervention du Président B.A., fin politique s'il en est, quelques phrases clés bien senties visaient à obtenir l'adhésion de l'auditoire. Démontons le mécanisme : - D'abord endormir les craintes par un message d'espoir qui ne coûte pas grand chose : "consolider notre situation financière". Les résultats provisoires du 1er semestre comme ceux des 9 premiers mois (ci-après) ne lui donnent guère raison. - Puis, un message à finalité sociale, destiné à calmer les esprits et à amadouer les syndicats. Sa logique est la suivante : -*1° Le Président B de M. fait le sale travail en réduisant massivement les effectifs. -* 2° Si on poursuit dans cette voie, on va droit dans le mur. On arrête donc les dégâts en visant à "stabiliser les effectifs". Comment ? On embauche des jeunes et en échange on se débarrasse des moins jeunes avec des primes de licenciements alléchantes qui rendent difficiles toute obstruction des syndicats. -*3° On y ajoute un soupçon de discours à la mode avec un "Pour une nouvelle gestion de l'emploi", suffisamment novateur au Crédit du Nord pour espérer déstabiliser des syndicats très sensibles à tout ce qui est mesures d'emplois. -* 4° Pour éviter un réveil trop rapide, on y ajoute une dose de somnifère avec l'annonce d'un plan emploi stabilisant les effectifs pour 2 voire 3 années. Efficace, la plupart des syndicats signeront quelques semaines après. L'heure de vérité sera dans la manière dont ce plan est réellement appliqué. - Reste l'essentiel, que va devenir le Crédit du Nord ? En annonçant "construire le Crédit du Nord de demain", le Président B. A. appuie sur un aspect sensible pour les exploitants :"1994 sera l'année de l'intensification commerciale". Sauf qu'aujourd'hui on n'a toujours pas vu la différence avec les années précédentes. Mais pour les résultats de 1994, quid ? Là, on atteint le sublime. Seul le début d'une phrase y est consacré : "Cette année, nous allons assainir notre situation financière, ...". Finies les grandes déclarations de 1989 sur les 400 MF pour 1992. Il s'agit alors de ne surtout pas trop s'engager sur ce terrain car on ne sait jamais ce que réserve l'avenir et comment l'actionnaire réagira (syndrome "B de M"). Sûr de capter son auditoire, il enchaîne par un "... mais nous allons surtout construire les fondements du Crédit du Nord de demain", histoire de faire oublier la dégradation des résultats. Et plus loin, il réussit le tour de force consistant à faire croire que ces résultats sont déjà acquis : "Avec une activité redevenue saine et une rentabilité avérée, le concours de notre actionnaire prendra sa véritable signification". Et de conclure avec l'annonce de la convention de fin 1994, le tour est joué ! - L'examen des résultats du 1er semestre 1994 permettent de constater à nouveau l'écart entre les discours et la réalité. Le produit global d'exploitation est quasi stable avec 2,81 MdF (-0,8 %) ; les frais généraux baissent de 1 % (hors plan social, soit 109 MF) ; le résultat net consolidé est de -184 MF après une provision complète des activités arrêtées et une plus-value immobilière de 980 M.F. Dans ce contexte, l'actionnaire continuera-t-il à soutenir la Direction du Crédit du Nord ? Le Président B A sait bien que non. Il lui reste une dernière carte à jouer en attendant une éventuelle reprise de l'activité économique pour sortir le Crédit du Nord du rouge : la vente du patrimoine, les immeubles. C'est par l'Agefi du 10/10/1994 que nous sont parvenues des informations détaillées sur la vente des immeubles, illustrant l'habituelle carence en matière d'information interne : -> Les 22.300 m² du 6&8 Bd Haussmann, vendus à l'UAP, sont évalués par le Crédit Foncier à 770 MF (soit 33.000 F le m²). L'immeuble est cédé à une société foncière dans laquelle le Crédit du Nord conserve moins de 20 % de sa valeur. L'UAP déboursera environ 500 MF comptant. La location de l'immeuble au Crédit du Nord se fait à 2.200 F/an le m² avec un bail renouvelable (3, 6, 9,... ans). Autrement dit, même en supposant un coût de location constant, dans 15,7 ans le coût total serait égal à la valeur de l'immeuble. Il est donc évident que le Crédit du Nord quittera l'immeuble avant (dans 3 ou 6 ans ?) hormis peut-être l'agence Haussmann. Pourquoi ne pas le dire clairement Le Président BA ? Quant aux immeubles de Saint-Lazare et d'Anjou (les 2 représentent 20.000 m²) ils sont cédés en "lease-back" à la Société Générale sur la base d'un prix moyen de 33.000 F le m², soit près de 7.000 F de moins que le siège de la Banque Indosuez situé lui aussi sur le Bd Haussmann (40.000 F le m² fin 1992). Une affaire avantageuse !!! Et puis, revient l'habituelle rumeur , si tout va mal on pourra toujours vendre le Crédit du Nord en totalité ou par blocs. Ainsi, La Tribune Desfossés du 22/9/1994 indique, malgré le démenti de la Cie financière de Paribas, que le Crédit du Nord pourrait être vendu à la banque hollandaise ABN Amro, qui détient déjà en France les banques Neuflize-Schlumberger-Mallet et Odier Bungener Courvoisier. Histoire de rester optimistes, l'ABN Amro licencie actuellement plus de 2 000 de ses salariés aux Pays-Bas. - Quant aux résultats pour les 9 premiers mois de 1994, le Produit d'Exploitation est de 3,142 MdF (- 0,3 %) ; les charges d'exploitation progressent de 2,2 % (2,512 MdF) ; le RBE régresse de 9,5 % (620 MF) ; les provisions pour risques baissent de 250 MF. Bref, la situation ne s'arrange pas. Nous sommes curieux de voir, Monsieur le Président BA, comment vous allez vous en sortir à la Convention de Poitiers ? Prochain Tract : Les mouvements de responsables au Crédit du Nord ou la chronologie d'une O.P.A. programmée par les "envahisseurs" À suivre ...