La CFDT avait élaboré une série de tracts à épisodes afin d’éclairer la passé et le présent de l’entreprise, de proposer à tout un chacun des clés de compréhensions et de contribuer à restituer une mémoire de l’entreprise aux plus anciens comme aux plus jeunes. Le tract ci-après traitait de la période 1987-1994

CFDT Crédit du Nord : Illusions et Vérités (IV) Janvier 1995 Présentation : Avec ce 4ème tract, la CFDT poursuit la publication d'une analyse alternative à celle de la Direction Générale sur les dysfonctionnements du Crédit du Nord dont nous rappelons l'objectif : éclairer le passé récent et le présent de l'entreprise, proposer des clés de compréhensions et, contribuer à restituer une mémoire de l'entreprise. Après la mise en exergue de l'écart existant entre les discours et les résultats du Crédit du Nord de 1987 à 1994 (tracts 1 & 2), nous avons analysé les changements sous l'angle des mouvements au sein de l'état-major de l'entreprise et leurs significations en 1993 (tract 3). Nous poursuivons aujourd'hui avec les nominations de 1994. Bien entendu, les noms propres figurant sur le tract diffusé dans l’entreprise sont ici occultés. - Chronologie d'une O.P.A. programmée par les "Envahisseurs" 2ème partie : Janvier à Décembre 1994 - Echec ou Mat ? - Janvier 1994 (suite) : Après sa nomination comme Président (Cf. tract n° 3), Monsieur Bernard A., en politique averti, analyse la situation. Il sait que pour redresser le Crédit du Nord, se présenter vierge de toute mauvaise gestion antérieure de la banque ne suffira pas. Il doit encore affronter 3 problèmes majeurs : une entreprise démotivée, un clan opposé qui l'attend au tournant et un risque social potentiel. Remotiver la banque prend du temps et il manque de repères concrets. Aussi s'attaque-t-il aux deux autres risques en abordant d'abord le volet social. Pour obtenir la paix sociale, il comprend très vite que, faute de mesures concrètes (type réduction du temps de travail ou maintien du pouvoir d'achat) susceptibles de satisfaire les partenaires sociaux, la mise en avant de mesures hautement symboliques pourra faire illusion quelques temps. Il subodore ainsi qu'un changement dans le discours social, au sein d'une entreprise qui ne connaît que le langage de crise et de sacrifices sociaux depuis sept ans, peut avoir beaucoup plus d'effets qu'une véritable novation des relations sociales. Il sait donc pouvoir compter sur l'effet de surprise et sur la séduction d'un discours rénové. Habilement conseillé par le consultant Monsieur Bernard B., bien connu des acteurs des relations sociales, il opère un virage à 180° en tenant compte, peut-être pour la première fois au Crédit du Nord, de la réalité du rapport de force entre organisations syndicales dans l'entreprise. Il s'agit en l'occurrence d'obtenir l'aval de la CFDT (1ère organisation syndicale). Pour ce faire, il multiplie les concessions au cours de la négociation du protocole sur l'emploi, afin d'obtenir le maximum de signatures syndicales. Fin février, quatre syndicats sur cinq signeront un texte qui rompt avec des années de vide social. Se croyant rassuré sur ce plan, il peut alors tranquillement poursuivre son offensive du côté de la reprise en mains du Crédit du Nord. Il n'attaquera pas de front, cherchant plutôt à contourner la difficulté. Ainsi, "Monsieur Philippe T. est confirmé dans ses fonctions de Directeur Général du Crédit du Nord" (Dépêche AFP et message interne du 19.01.94), comme en avril 1993. Celui-ci conserve manifestement un certain "pouvoir" qu'il convient de ménager. Les nominations qui vont suivre permettent d'évaluer le degré de reprise en mains et les résistances qui se font jour. A la Direction de la Stratégie, Monsieur Claude R. (Banque Rhône-Alpes-1987) rejoint le Crédit du Nord comme Directeur de l'Organisation et Monsieur Bernard L. (Crédit du Nord-1971) est nommé Directeur du Marketing. - Février 1994 : Le sort en est jeté pour Monsieur Philippe G-S., définitivement écarté. Il quitte sa fonction de Directeur Central du Crédit du Nord pour devenir Directeur des Systèmes de paiements à l'AFB. La lutte entre clans s'intensifie. Cette fois c'est Monsieur Philippe T. qui est attaqué. Dans Le Nouvel Economiste du 11 février 1994 on peut lire : "Le militantisme de Philippe Toussaint, directeur général du Crédit du Nord, ami personnel du ministre de l'Education François Bayrou et instigateur du projet de réforme de la loi Falloux, est devenu l'objet de plaisanteries incessantes dans la banque, que préside Monsieur Bernard A., le frère du rapporteur général du Budget, Philippe du même nom (RPR)". Ambiance !!! - Mars 1994 : Le Crédit du Nord affiche une perte de 594 MF pour 1993 et de 611 MF pour le Groupe. Fidèle à sa stratégie affichée en janvier, dans la cassette vidéo destinée au personnel, Monsieur Bernard A. n'insiste pas outre mesure sur les responsabilités, il s'attache au contraire, avec prudence, à préciser que malgré tout, l'activité de Banque de réseau est demeurée profitable. Les nominations se succèdent : Monsieur Jean-Louis D. (Paribas-1969 / CdN-1987), ayant achevé son "stage probatoire" dans le réseau, prend du galon. Il est nommé Directeur du Réseau du Groupe, rattaché à Monsieur Philippe T. Monsieur Yves G. (Paribas-1971 / Crédit du Nord -1991) le remplace à la tête de la région Ile-de-France. Monsieur Aimeric de G. (Crédit Lyonnais-1973 / Crédit du Nord-1989) devient directeur de la région Ouest-Atlantique. Enfin, Monsieur Jacques S. (Paribas-1971 / Crédit du Nord -1989) prend la direction des grandes Relations (ex DSEGE). - Avril 1994 : La Compagnie Bancaire reprend l'initiative par rapport à Paribas, Monsieur Marc-Antoine de S-P. (UCB-1967) est nommé Directeur des Financements immobiliers à la place de Monsieur Xavier d'E. (Crédit du Nord historique), à qui on conseille, sans résultat, de partir dans le cadre du plan social. Il fallait une victime expiatoire sur les pertes dues à 'Immobilier, elle est trouvée. La revue "Capital" d'avril publie un article au vitriol sur le Crédit du Nord, révélant publiquement les désaccords internes entre les différents clans du groupe Paribas au sein du Crédit du Nord. Cet article aurait été directement soufflé aux journalistes, selon certaines sources, par Monsieur Brno de M., histoire de régler, a posteriori, quelques comptes liés à son éviction et aux conditions de celle-ci. - Mai et juin 1994 : Au sein de la Direction Financière, rapportant directement à Monsieur Philippe T., sont nommés : Directeur de la Gestion Collective, Messieurs Thierry D. (Paribas-1984) et Philippe Le B. (Crédit du Nord -1983) qui prend en charge la Direction de la Gestion du Patrimoine (comprenant la Direction de la Gestion Privée, le Département des Services Titres, le Département Bourse de la Société de Bourse Gilbert Dupont). La vague de grandes nominations est passée, celle concernant les postes dans les régions ou autres directions fonctionnelles se poursuit. Un examen attentif, dans la lignée de notre démonstration, indique la poursuite d'arrivées en provenance de Paribas ou de la Compagnie Bancaire. Il s'agit par exemple : du Directeur du marché des Entreprises à la direction des Risques (Paribas) ; du Directeur des Relations internationales de la région Nord Pas-de-Calais (Paribas) ; du responsable du secteur Etudes financières et Prévisions à la DPCG (Cie Bancaire). Dans le sens inverse, une seule nomination, celle de Directeur de la région Flandre occidentale de la Banque Paribas Belgique. - Septembre 1994 : Monsieur Jean-Pierre Van H. (ancien de l'UFB Locabail / Crédit du Nord-1972) est nommé Directeur du secteur Ile-de-France Ouest. - Octobre 1994 : Une fois n'est pas coutume, par le biais d'une encyclopédie au contenu contradictoire, Monsieur Philippe T. présente une nouvelle organisation des fonctions Planification, Gestion de Bilan et Contrôle de Gestion. C'est la première fois qu'une nomination est annoncée par une encyclopédie. Un peu comme s'il fallait donner force de loi à une organisation qui n'irait pas de soi. En effet, une encyclopédie a un rang hiérarchique supérieur aux Instructions et Avis et est appelée à durer plus longtemps. L'ex DPCG qui dépendait jusque là uniquement de la Direction de la Stratégie, est éclatée en deux directions : -# La Direction de la Planification et de la Gestion de Bilan (DPGB) est confiée à Monsieur Eric G. (Crédit du Nord-1993) qui rapporte au Directeur de la Stratégie, mais conserve des liens de "proximité" avec Monsieur Philippe T. Nul doute que la cohabitation entre un énarque et un polytechnicien (Monsieur Jean-Bernard M.) au sein de cette direction de la Stratégie, dans le contexte de lutte pour le pouvoir au sein du Crédit du Nord promet de belles empoignades dont, nous dit-on, les premières escarmouches ont déjà eu lieu. -# La Direction du contrôle de Gestion (DCG), confiée à Monsieur Vannavuth U., qui rapporte au Directeur de la DGFC (Monsieur Ivan D.). - Enfin, un Contrôle de Gestion du Réseau, distinct de la Gestion Bancaire, sera créé rapportant au Directeur du Réseau. Cette annonce, sujette à interprétation, laisse-t-elle supposer un nouvel éclatement de la Direction Commerciale du Réseau, ou au contraire traduit-elle la volonté de créer à terme une nouvelle Direction du Contrôle de Gestion du Réseau, pour contre-balancer le poids grandissant de la Direction de la Stratégie ? Par ailleurs, Monsieur Philippe B-M., Directeur des Emissions et des Participations Industrielles, rejoint la DDM comme Directeur de la Direction des Marchés Actions. La DDM change de nom pour devenir Direction des Marchés de Capitaux (DMC) sous la responsabilité de Monsieur Jean-Pierre R. En octobre toujours, parmi l'habituelle série de nominations de directeurs d'agences ou de secteurs dans les différentes régions, continuent à apparaître des cadres issus de Paribas. Mais dans le sens inverse, on ne voit toujours pas de cadres du Crédit du Nord détachés à Paribas ou dans la constellation de la Compagnie Bancaire. Enfin, Monsieur Michel V. (Paribas-1968), expressément appelé de Paribas, est nommé chargé de mission au Crédit du Nord pour représenter la direction des Risques sur le marché des Professionnels. - Novembre 1994 : La Tribune Desfossés du 16 novembre annonce l'arrivée de Madame Isabelle K-A. au Crédit du Nord. Directrice de la Communication à la Compagnie Bancaire, elle rejoindrait l'exploitation, pour occuper quel poste et pour combien de temps, avant de... prendre la place de... ? - Décembre 1994 : Retour aux chaises musicales. Connue de certains depuis novembre, la "démission" de Monsieur Yves Le C. est annoncée par le Fil Bleu le 14 décembre. Directeur de la région Normandie-Picardie depuis seulement 1 an et 3 mois, il va "rejoindre la direction d'une affaire familiale", selon la version officielle. La véritable raison relève de son désaccord avec la direction du Crédit du Nord et de son éviction à la tête de l'Ile de France qu'il n'a jamais digérée. Sa mise à l'écart de certaines réunions n'a fait qu'aggraver son ressentiment. Un autre responsable, issu du Crédit du Nord, disparaît. Pour le remplacer il est fait appel, en catastrophe, à Monsieur Michel K., Directeur de la Direction Commerciale du Réseau (DCR), en poste depuis seulement 1 an et 2 mois. Certainement heureux de quitter le Siège et ses complots de palais, quel souvenir laissera-t-il ? Il est bien difficile de répondre car, entre des difficultés de communication et la faible résistance opposée à la Direction de la Stratégie, il laisse la DCR ouverte à tous les mauvais vents. Ainsi, la Direction de la Gestion Bancaire est directement rattachée à Monsieur Jean-Louis D. On évoque plus ou moins ouvertement l'écatement probable des marchés : "l'Entreprise" et "l'Institutionnel" seraient rattachés à la DGR, les "Particuliers" et "Professionnels" (qui seraient à nouveau segmentés) intéresseraient la Direction de la Gestion du Patrimoine. Bref, l'incertitude règne à nouveau à la DCR, histoire de favoriser l'effacité. Enfin, Monsieur Yvon A. est nommé "chargé de mission" (?) auprès de la DGFC (Monsieur Yvan D.). - CONCLUSION Ce panorama chronologique démontre clairement la stratégie d'occupation progressive des postes de responsabilités du Crédit du Nord, par divers responsables issus de Paribas et de la Compagnie Bancaire. Du descriptif de ces diverses nominations (Cf. aussi tract III), il est loisible à chacun d'entre vous de constater que plus de 33 % de cadres supérieurs ayant investi la banque sont issus de ces établissements, les autres étant le fait de promotions internes au Crédit du Nord. Un tel renouvellement de l'état-major en à peine deux ans est tout à fait exceptionnel et ne peut être ni le fait du hasard, ni le fruit d'une politique de mobilité bien comprise. La revue "Capital" (avril 1994) reprenait les propos de cadres supérieurs de Paribas désignant le Crédit du Nord avec des expressions pleines de considérations du type : "le front de l'Est" ou la "Sibérie", ce qui, en passant, éclaire mieux le comportement de certains de ces responsables, une fois arrivés au Crédit du Nord. Il serait temps, Monsieur Bernard A., de parler clairement en indiquant quels sont vos objectifs. La CFDT n'a pas une fibre corporatiste et n'est pas hostile à la mobilité volontaire des salariés, de tous niveaux hiérarchiques, entre les entités du Groupe Paribas. Mieux, dès 1986, elle la revendiquait, mais à une condition essentielle, que ces mouvements soient réels dans les deux sens. Or, il faut bien constater que ce n'est pas le cas. En conséquence, nous sommes face à une stratégie soigneusement pensée. Que signifie-t-elle ? Plusieurs explications viennent à l'esprit : - Soit le Groupe Paribas considère que le Crédit du Nord est malade depuis trop longtemps et qu'il convient donc de renouveler ses cadres dirigeants de manière approfondie, une forme de sanction en quelque sorte. Mais dans ce cas, il est indispensable que les salariés du Crédit du Nord en soient informés et que les véritables raisons soient explicitées. - Soit, autre variante, la guerre incessante entre clans, depuis la fusion de 1974, a laissé trop de séquelles, et Paribas en vient à constater l'épuisement des capacités innovatrices et gestionnaires des cadres du Crédit du Nord. Mais là encore, même conclusion que précédemment. - Ou enfin, nous sommes au coeur d'un scénario plus classique de lutte pour le pouvoir, passant inévitablement par la tentative d'élimination des adversaires. Dans ce cas, battez-vous entre vous Messieurs, mais s'il vous plaît, cessez d'immobiliser le Crédit du Nord ! A ce propos, la dernière spéculation qui fait les beaux jours de radio-marbre, fait état de remaniements importants au sein de diverses directions, qui pourraient être annoncés au cours du premier semestre 1995. Prochain tract : La vie est un long fleuve tranquille dans certaines directions A suivre...