La CFDT avait élaboré une série de tracts à épisodes afin d’éclairer la passé et le présent de l’entreprise, de proposer à tout un chacun des clés de compréhensions et de contribuer à restituer une mémoire de l’entreprise aux plus anciens comme aux plus jeunes. Le tract ci-dessus traitait de la période 1987-1994

- CFDT Crédit du Nord : Illusions et Vérités (III) Décembre 1994 Avant-propos : La CFDT poursuit, avec ce 3ème tract, la publication d'une analyse alternative à celle de la Direction Générale sur les dysfonctionnements du Crédit du Nord dont nous rappelons l'objectif : éclairer le passé récent et le présent de l'entreprise, proposer des clés de compréhensions et, contribuer à restituer une mémoire de l'entreprise. En effet, ceux qui sont incapables de se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. Dans les deux premiers tracts, nous avions mis en exergue l'écart existant entre les discours et les résultats du Crédit du Nord de 1987 à 1994. Nous abordons cette fois les changements sous l'angle des mouvements au sein de l'état-major de l'entreprise et leur signification. Bien entendu, les noms propres figurant sur le tract diffusé dans l’entreprise sont ici occultés. L’avenir du Crédit du Nord a un passé (3ème partie) Chronologie d'une O.P.A. programmée par les "envahisseurs" (1ère Partie - 1993) Les années 19887 à 1994 (Cf. Tracts I & II) ont démontré la responsabilité cruciale des dirigeants du Crédit du Nord sur les résultats de la banque. Aujourd'hui, qui sont ces responsables, pourquoi et comment sont-ils nommés et au profit de quelles stratégies ? Le Crédit du Nord, comme toutes les entreprises, est une "organisation bureaucratisée". La méfiance à l'égard de ce type d'organisation est ancienne, y compris sous sa forme contemporaine, la technocratie. Son visage officiel est celui des règlements et autres organigrammes. Mais, derrière cette apparente neutralité, existe un autre type de structure, non officiel, basé sur des relations interpersonnelles, le ou les réseaux. Dès lors qu'entrent en jeu ces relations, apparaissent des rapports de force où chaque protagoniste va essayer de tirer davantage profit de l'autre et inversement, c'est-à-dire va tenter d'exercer un "pouvoir". Celui-ci réside alors dans la marge de liberté dont dispose chacun pour refuser ce que l'autre demande. C'est pourquoi, tout en rappelant quelles ont été les principales nominations depuis 1993 (le visage officiel) nous essaierons de décrypter leurs véritables significations (le jeu des rapports de force et de pouvoirs) comme leurs conséquences. En effet, si le pouvoir signifie : "chance de trouver des personnes déterminables, prêtes à obéir à un ordre", on ne peut aussi oublier qu'il implique des sanctions, ce qui le distingue de l'influence. L'analyse chronologique des nominations de 93 & 94 accrédite la thèse d'une prise de contrôle progressive des rouages de l'entreprise par quelques responsables extérieurs au Crédit du Nord, opposés à son histoire comme à sa culture et niant d'emblée les réalisations antérieures à leur arrivée. Nous serions donc face à une démarche soigneusement pensée, programmée, de conquête par ceux qui sont appelés parfois les "Envahisseurs". Cette prise du "pouvoir", par l'équipe de Monsieur André L-L. (Président du Directoire de Paribas), s'est opérée à travers un double mouvement conflictuel : l'arrivée de cadres supérieurs de Paribas ou de la Compagnie Bancaire et la progressive mise à l'écart de responsables issus historiquement du Crédit du Nord. Comme toujours dans ces cas là, des forces divisées se battent tôt ou tard pour la suprématie et, amplifiées par le nombre de ceux qui suivent sans poser de questions, conduisent inévitablement à des catastrophes. La CFDT rejette cette issue et pose publiquement des questions que tout un chacun doit se poser. Elle joue ainsi un rôle de contre-pouvoir. - Avril à Décembre 1993 : La Stratégie de L'Echiquier * Avril 1993 : Deux semaines après l'annonce d'une perte nette de 228,5 MF (millions de Francs) en 1992 pour le groupe Crédit du Nord, le Président Bruno de M. est "remercié". Son départ s'effectuera en moins de 24 heures, son bureau étant déménagé en sa présence (ambiance !). Il est clair que ses promesses de bénéfices (400 MF en 92) comparées à l'annonce d'un nouveau déficit de près de 230 MF pour 92 ont fortement déplu à Paribas. Il est remplacé par un "travailleur (à forte potentialité) intérimaire", Monsieur Pierre S. (Vice-Président). Sa nomination n'est qu'une étape (très provisoire) dans la reconquête, histoire de sauver les apparences. Elle préfigure l'irruption sur la scène de Monsieur Bernard A. (Président de Cortal, membre du directoire de la Compagnie Bancaire) qui devient Vice-président. Le souvenir du psychodrame de 1988 à la Caisse Nationale du Crédit Agricole (dont il démissionne suite à une crise interne qu'il n'a su résoudre) est encore très présent. Aussi, Monsieur Philippe T. (Crédit du Nord "historique") est confirmé dans ses fonctions de Directeur Général délégué. Officiellement, la nomination de Monsieur Bernard A. a pour objet de "rapprocher le savoir-faire de la Compagie Bancaire de celui du Crédit du Nord". C'est la première concrétisation de la stratégie dite de synergie entre les entités du groupe Paribas, dont Monsieur Bernard A. fera une priorité, retardant ainsi la mise en œuvre d'autres projets attendus dans le réseau. La division du travail au sein du groupe revient à confier à Paribas les activités de banque d'affaires - les grandes opérations - le haut de gamme "Particuliers" ; à la Compagie Bancaire les financements spécialisés - l'innovation ; au Crédit du Nord la banque commerciale - les traitements administratifs. Cette synergie est supposée porter le ratio de solvabilité en fonds propres du Crédit du Nord, alors inférieur à 4 %, au niveau du ratio légal de 8 % (soit un besoin a minima de 3 MdF). * Mai 1993 : Ayant fait preuve d'une efficacité "violente" à la tête de la région Nord Pas-de-Calais, Monsieur Bernard L. (Crédit du Nord-1988) la quitte (à la satisfaction du plus grand nombre) et prend la présidence du Directoire de la Banque Rhône-Alpes à la place de Monsieur B de K. (le "baron noir"). Il est nommé Directeur Général Adjoint du Crédit du Nord. * Juin 1993 : Monsieur Jean-Louis D. (Paribas-1969 / Crédit du Nord-1987), Directeur Général Adjoint du Crédit du Nord, appelé à de hautes fonctions, doit faire son petit stage probatoire de quelques mois dans l'exploitation. Il est ainsi nommé Directeur de la Région Ile-de-France à la place d'Alain M. (Crédit du Nord historique), Directeur Central du Crédit du Nord, qui prend la direction de la région Nord Pas-de-Calais avec le titre de Délégué Général du Crédit du Nord pour cette région. * Juillet 1993 : Les directions de la Gestion du Groupe et des Participations sont fusionnées et rattachées à la Direction de la Gestion Financière et Comptable (DGFC). Monsieur Jean-Robert N. en est nommé Directeur et Secrétaire du Conseil d'Administration. Pour calmer les appréhensions, Monsieur Philippe T. (Directeur Général Délégué) est nommé Directeur Général, responsable de l'Exploitation et des filiales bancaires du Groupe Crédit du Nord. Il rapporte directement à Monsieur Bernard A. Le 21 juillet, un Comité Stratégique de 13 personnes est créé et d'importants aménagements sont apportés à l'organisation de plusieurs directions (depuis, aucun nouvel organigramme n'a été rendu public) : celle de l'Exploitation (Philippe T.) ; la création de la Direction de la Stratégie et d'un Secrétariat Général (Charles M.) ; la Direction financière (Hervé H.) ; la Direction de la Gestion Financière et Comptable (I.D.) ; la Direction de la Stratégie Européenne et des Grandes Entreprises (Yves G.) ; la Direction des Engagements qui prend le nom de Direction des Risques (rattachée au Vice-Président). * Septembre 1993 : La région Languedoc-Pyrénées est apportée à la Banque Courtois. Monsieur Bernard B. (Crédit du Nord - années 80) y est nommé Président. De leur côté, Messieurs B.A. et P.M. (Directeur de l'action commerciale de Paribas) sont chargés d'élaborer une "approche réfléchie en commun", c'est-à-dire d'optimiser la démarche commerciale des deux réseaux : partage des informations sur les clientèles respectives (par exemple pour éviter de démarcher deux fois le même client sous deux casquettes différentes). On entrevoit déjà le risque de suppressions d'effectifs lié à d'éventuels doublons dans les deux banques. Le 29 septembre 1993 paraît un tract, utilisant abusivement les sigles des cinq organisations syndicales du Crédit du Nord, intitulé "Lettre ouverte à Monsieur François-Poncet. (alors Président du Conseil de Surveillance de Paribas) - Le Crédit du Nord se meurt" et envoyé par courrier personnalisé à la plupart des "200" (plus hauts cadres du Crédit du Nord). Il serait attribué à un Directeur de la région Normandie-Picardie, parti en retraite quelques semaines après. Ce brûlot pamphlétaire cherche à mobiliser les responsables historiques du Crédit du Nord et à s'appuyer sur Monsieur Philippe T. (proche de Monsieur François P.) pour contrer Monsieur Bernard A. (proche de Monsieur André L-L). Ce texte anonyme a un certain écho mais, plus intéressant, il révèle au grand jour les rivalités de clans au sein du Crédit du Nord. La bagarre est officiellement ouverte et va faire rage jusqu'à aujourd'hui, gelant les initiatives et obscurcissant la politique du Crédit du Nord. * Octobre 1993 : La guerre de mouvements s'engage tous azimuts. Monsieur Philippe G-S. (Crédit du Nord-1970), Directeur Central, est "écarté". Comme cadeau il reçoit la présidence, empoisonnée de l'Union Bancaire Nord (UBN), dont les 5 MdF d'encours, difficilement récupérables, pèsent sur les résultats du Crédit du Nord de 1991 à ce jour. Monsieur Olivier B. (Compagnie Bancaire-1972 / Crédit du Nord-1993), appelé par Monsieur Bernard A., quitte la Compagnie Bancaire pour rejoindre le Crédit du Nord comme Directeur de la Stratégie (nouvelle direction construite sur les ruines du SED). Il est nommé Directeur Général adjoint. Ce "personnage" curieux (tout sourire dehors, tout grimace dedans) est le fer de lance du vice-président, chargé de lui préparer le terrain pour la présidence. L'une de ses principales missions est de réfléchir au type d'organisation à mettre en place au Crédit du Nord et notamment "la compatibilité entre une organisation fortement décentralisée et un corps unique de méthodes et de schémas de traitement" (Magasine Contact - Octobre 1993) c'est-à-dire l'importation d'une autre culture. Cette arrivée donne le véritable signal de départ d'une vague de mutations de la Compagie Bancaire vers le Crédit du Nord. Le SED, outil assez efficace rattaché à Monsieur Philippe T., est éclaté avec pour objectif réel d'affaiblir ce dernier. Pour ce faire, il convient d'écarter d'abord Monsieur Yves Le C. (Banque Union Parisienne-1968), patron du SED. Celui-ci espérait prendre la tête de la région Ile de France. Il n'aura que celle de Normandie-Picardie. Pour atténuer publiquement la déception de ce responsable historique du Crédit du Nord, il sera promu Directeur central. Obligé de reculer, Monsieur Philippe T. sauve une partie de l'ex SED, la Direction Commerciale de l'Exploitation, à la tête de laquelle il nomme Monsieur Michel K. (Crédit du Nord-1972). Il fera venir, fin 1993, Monsieur Marc F. (Crédit du Nord-1973) comme patron de l'Inspection Générale. Ces mouvements ont des conséquences en cascades : Monsieur Marc F est remplacé à la région Est par Monsieur Jean-Bernard D. (Crédit du Nord-1989). Monsieur Xavier de B. (Crédit du Nord-1987) devient Directeur des Risques et remplace Monsieur Christian T. de la T. (ancien de Paribas, qui y retourne). A propos de ce dernier, citons cette anecdote terrifiante : ayant appris que le Crédit du Nord avait embauché une personne portant le même nom mais sans la particule, il intervient auprès de la DPAS (Direction du personnel et des Affaires Sociales) pour lui rappeler qu'il est hors de question que le Crédit du Nord embauche une personne portant le même nom que lui. Sidérant ! Monsieur Michel K. est remplacé à la Banque Courtois par Monsieur Marc B. (Crédit du Nord-1983) qui était directeur du Marketing. Monsieur Jean-Pierre D. (Crédit du Nord-1960), Directeur à la Gestion Financière et Comptable devient Directeur en charge de la Centrale d'Informations de Gestion (CIG) au sein de la DGFC. Monsieur Jean-Bernard M. (Compagie Bancaire-1988), appelé par Monsieur Olivier B., prend la tête de la Direction du Développement au sein de la Direction de la Stratégie. Bref, le jeu d'échecs s'accélère. * Novembre 1993 : Monsieur Charles M. (Directeur Adjoint à Paribas, Directeur du Personnel et des Affaires Sociales au Crédit du Nord- 1991) est nommé Secrétaire Général. Il fait venir Monsieur Gonzague G. (ex Paribas, La Hénin) à la DSI, comme adjoint de Monsieur René B. (Crédit du Nord-1985). Les relations orageuses entre ces deux derniers laissent supposer une issue heureuse pour l'un des deux. * Décembre 1993 : Monsieur Gérard T. (Crédit du Nord-1985), Directeur de la région Ouest-Atlantique remplace Monsieur Charles M. comme Directeur des Ressources humaines. Notons au passage qu'à un poste nécessitant un véritable spécialiste, on a préféré nommer quelqu'un sans expérience des relations sociales. Mais il fallait bien créer un appel d'air au niveau des directeurs de régions. - * Janvier 1994 Lors du Conseil d'administration du 19 janvier 1994, Monsieur Bernard A. est nommé Président du Crédit du Nord à la place de Monsieur Pierre S. qui «démissionne» et rejoint le Comité directeur de la Compagnie Bancaire, pour s'occuper des échanges de données informatisées (EDI). Monsieur Bernard A. conserve ses fonctions à la Compagnie Bancaire et à la tête de Cortal. Cette nomination s'effectue curieusement après un premier semestre 1993, au cours duquel le groupe Crédit du Nord enregistre une perte de 456 MF et au moment où la prévision sur l'ensemble de l'exercice, est volontairement surestimée à -750 millions. Il est intéressant de comparer ce chiffre avec le résultat final du Groupe, soit une perte de près de 600 MF. On ne fera croire à personne que nos dirigeants puissent se "tromper" de... 150 MF ! En revanche, corser la prévision de perte peut agréablement servir les intérêts du postulant. Il sera dès lors facile de l'attribuer à Monsieur Pierre S. pour justifier son éviction auprès de l'actionnaire, après seulement, fait rarissime dans la finance française, moins d'un an à la tête du Crédit du Nord. Il est donc purement et simplement limogé. Monsieur Bernard A. peut, sans avoir à porter à son débit les résultats négatifs, mis globalement sur le compte de l'ancienne équipe (MM. Bruno de M., Pierre S.), entamer un règne qu'il espère florissant... ! L'imprécateur syndical Prochain tract : Chronologie d'une O.P.A. programmée par les "Envahisseurs" (Suite) - Janvier à Décembre 1994 : ECHEC OU MAT ? A Suivre...